Il me tombe dessus – au sens propre du terme – un grand paquet mal ficelé qui occupait une des étagères ou sont entassés les souvenirs de nos divers anniversaires du Maquis depuis 1945. Rien de clandestin donc dans ces dessins et compositions artistiques faites par des collégiens de 14-16 ans qui n’ont, bien sûr, pas connu les événements qui avaient inspiré, cette année là, leur imagination artistique : le débarquement en Normandie. Comme je le remarque de plus en plus, ce n’est pas la réalité plate des comptes-rendus militaires qui évoquent le mieux pour aujourd’hui les événements guerriers d’hier mais un foisonnement d’images et de signes que chacun peut mettre en oeuvre grâce à son propre sens artistique : ici, la croix gammée vaincue par les parachutes arrivés du ciel.

Mais les collégiens d’aujourd’hui – s’en rendent-ils compte ? – ne risquent rien à s’exprimer en signes : sous l’occupation mon frère Xavier qui avait leur âge, découpait en forme de croix de Lorraine son ticket de métro parisien pour le jeter ensuite, bien en vue sur le quai de sortie. Nous faisions ça à chaque fois m’a raconté, bien plus tard, ma soeur Henriette.

En janvier 1945, le métro parisien était libéré de la croix gammée, Henriette allait avoir 13 ans et nous ne savions pas encore que Xavier, déporté de la Résistance, mourrait à 19 ans de son combat pour la Croix de Lorraine.

A la fin du mois, je vais avec Pol Roux à Albi, pour l’attribution des prix du Concours de la Résistance de cette année. Il faut que j’apporte ces dessins retrouvés et voir si d’autres ont été conservés. Tout à coup, cela me paraît important pour la continuité de la mémoire historique. Mais, sur le plan pratique, où garder tout ça ?

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