Histoire de citoyens français libres dans la France de Vichy, racontée par un
couple d’acteurs français et un major britannique. Avec l’aide d’une chouette et d’un
Merle blanc.

Récit dédié à notre maquisard Gabriel Nahas.

Ecrit à la main et en anglais, parsemé d’un nombre incertain de fautes d’orthographe
et de gallicismes, le texte dont je traduis ci-dessus le titre avait eu sa raison d’être il
y a une quinzaine d’années. Il répondait à une demande particulière de notre ami et
ancien maquisard de Vabre le Professeur Nahas, alias Gaby, résidant à New York,
chef de laboratoire à la Mayo Clinic et commandeur de la Légion d’Honneur. Sa
première croix, il l’avait obtenue au final d’un parcours du combattant tous terrains
de la Résistance : études de médecine à Toulouse entremêlées de réseaux
« Françoise » et « Patrick O’Leary », mouvements de jeunesse éclaireurs unionistes
et Fédération des étudiants chrétiens, équipées en Suisse, refuge (!!!) au maquis de
Vabre, médecin de la zone A du Tarn au P.C. du Commandant et, pour terminer,
médecin en première ligne dans la neige des Vosges.

Normalement, il aurait dû être mort et ne pas avoir la possibilité de rendre à la vie,
aux bords du lac de Constance, de malheureux rescapés du Camp de Dachau.
Normalement aussi, il aurait pu donner plus d’éclat personnel au rapport médical
anonyme qu’il a écrit en 1945 sur la chambre à gaz de ce camp, et dont il nous a
donné, à Guy, mon mari, alias Pol Roux, et à moi-même, un exemplaire sur papier
pelure. Mais, en ces temps là, il n’était pas convenable pour les résistants de se faire
de la pub avec l’horreur des camps, ni d’ajouter le nom de Dachau à la liste des
chambres à gaz.

Gaby a toujours eu une bonne plume. Il a écrit un excellent livre, « La filière du
rail » sur son parcours de résistant. Mais il était inquiet, quarante ans après les faits,
de voir les historiens étrangers, et particulièrement l’américain Paxton (qui venait de
recevoir en grande pompe la Légion d’Honneur) s’emparer de nos années noires pour
les juger à la lumière forcément factice des archives de Vichy qui commençaient à
être accessibles aux chercheurs. Il pensait que ses amis américains, membres de
l’association de la Légion d’Honneur à New-York, avaient aussi le droit de savoir
comment nous, les citoyens des bourgs et hameaux de France, avions participés
activement au ras du sol et en famille, à la Libération de notre territoire.

Je trouvais que Gaby en savait assez sur nous pour faire le travail lui-même. Il
trouvait que c’était à moi de m’exécuter parce que je parlais facilement l’anglais et
que Pol Roux lui, était plus doué pour l’action et la parole que pour l’écriture. J’étais
très fâchée de me sentir accablée par un devoir maquisard supplémentaire. Mais
Gaby était tenace, revenait à la charge, et me faisait comprendre que, mère toujours
au foyer, j’avais le temps alors que lui était en plein dans ses recherches médicales
sur le danger des drogues « douces ». En plus, il voulait que je lui procure un texte
prêt à l’emploi, alors que je ne sais pas dactylographier et que personne, dans mon
village, ne peut le faire en anglais. Internet, bien sur n’existait pas encore.

De guerre lasse, j’ai promis de lui rédiger de courts récits à deux voix, mêlant notre
vie quotidienne et maquisarde au passé historique et culturel de nos montagnes.
Des « histoires comme ça », avec un peu d’humour et d’imagination et le minimum
d’héroïsme guerrier, je m’aidais pour cela du rapport « so british » que nous avait
donné notre parachuté le Major Davies.

J’ai mis des mois et même des années à faire le travail car notre ami Gaby est tombé
malade sans recours. Il ne vient plus en France et est incapable de prendre en
charge quelque tâche que ce soit. Nous avons des nouvelles de lui par sa femme
Marilyn, fidèle à nos réunions d’anciens.

Mon texte à la main s’est enfoui dans mes archives personnelles. Peu à peu je l’ai
oublié, ayant eu d’autres occasions de raconter (en français !) notre vie maquisarde
et même de traduire in extenso pour la Revue du Tarn le rapport de Davies.

J’en serai restée là si Julie, l’épouse américaine de mon petit-fils Guillaume ne
m’avait proposé de taper directement l’original en anglais sur ordinateur et si mon
autre petit-fils Tristan ne m’avait fabriqué un blog sur Internet, à mon nom mais lié
au site du Maquis de Vabre, afin d’y inscrire mes historiettes « en primeur ».

Tout cela a été mis en place tambour battant, j’ai eu quelque peine à suivre le
mouvement et à produire « non-stop » l’avant-propos ci-dessus.

Voilà qui est fait. Ouf.

Odile de Rouville

Vabre (Tarn), 6 Mai 2007 – Heure indéterminée

Lire le document : Free french citizens in Vichy occupied France, by Odile de Rouville. En anglais avec avant-propos (de 2007) en français.

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